PLONGEE SOUS GLACE : DANGER ?

Anne VIDIL - Paris

La plongée sous glace correspond au « hors-piste » du plongeur. Les conditions climatiques et le caractère clos du lieu d’immersion nécessitent une adaptation technique de la plongée et de l’équipement.

En immersion, la pression hydrostatique exercée sur la peau est largement transmise par les parenchymes tissulaires, qui sont des tissus peu compressibles. Elle réalise ainsi une contention sur l’ensemble du corps, analogue à celle recherchée avec des bas de contention ou avec un pantalon anti-G.

Dès l’entrée dans l’eau, toutes les pressions intra-vasculaires augmentent, préférentiellement dans le secteur adventitiel, qui favorise le passage d’eau interstitielle vers le plasma et cause une augmentation du volume plasmatique. Cette hypervolémie entraîne une augmentation du débit cardiaque et du volume d’éjection systolique, sans modification de la fréquence cardiaque. Le bon remplissage vasculaire s’accompagne d’une baisse des résistances périphériques et de la post-charge cardiaque, par augmentation de la compliance artérielle. La perfusion tissulaire est très bonne et facilite la couverture des besoins énergétiques, phénomène indispensable car le travail musculaire dans l’eau nécessite un apport énergétique accru de 30 %.

Dans le thorax, la pression intra-vasculaire devient plus grande que la pression gazeuse alvéolaire, ce qui tend à favoriser l’extravasation. La pression hydrostatique diminue la compliance de la paroi thoracique, refoule le diaphragme vers le thorax et diminue le volume gazeux pulmonaire ; les efforts ventilatoires sont ainsi augmentés et imposent de véritables « coups de piston » sur la paroi alvéolaire. L’ensemble de ces modifications facilite la survenue d’un œdème pulmonaire.

En réponse à cette inflation hydrique, l’inhibition de la sécrétion d’hormone anti-diurétique et la libération de peptide natriurétique augmentent la diurèse. Les modifications du bilan hydrique dépendent essentiellement du temps d’immersion.

La plongée en eau froide entraîne des pertes caloriques importantes et des phénomènes réflexes, qui vont aggraver les effets de l’immersion. La réponse physiologique au froid fait appel à la vasoconstriction pour limiter les échanges thermiques et l’augmentation de la thermogenèse avec déclenchement de frissons. Le refroidissement progressif du tronc et des membres déclenche une vasoconstriction périphérique, qui augmente les résistances vasculaires systémiques et la post-charge ventriculaire gauche, avec un risque de décompensation cardiaque ou d’ischémie. Du fait de l’inflation du secteur vasculaire, la diurèse est stimulée, mais elle entraîne une hypovolémie néfaste du fait de la sursaturation en gaz inerte, ayant pour conséquence un dégazage pathologique avec la survenue d’un accident de décompression.

L’augmentation du volume sanguin central et des pressions des vaisseaux pulmonaires accroît le risque d’œdème pulmonaire. L’abaissement de température des gaz ventilés entraînent par ailleurs un encombrement bronchique par hypersécrétion bronchique, parfois associé à un bronchospasme. Dès que la température centrale est inférieure à 33°, l’hypothermie induit des troubles du comportement, une arythmie cardiaque puis une fibrillation ventriculaire engageant le pronostic vital, si elle progresse en deçà de 30°.

En plongée sous glace, la protection thermique est au premier plan. Elle est assurée par le port d’un vêtement de plongée sec, étanche, associé à des sous-vêtements chauds, permettant une bonne isolation thermique. Les extrémités doivent être particulièrement protégées avec le port de moufles en complément des gants en néoprène, l’utilisation de masques faciaux et de cagoules, voir de casques de plongée. Des détendeurs adaptés aux températures basses sont utilisés et certaines plongées extrêmes nécessitent des combinaisons avec circuit de réchauffement par de l’eau à 38° et des détendeurs avec réchauffeurs d’air.

La profondeur et les temps de plongées doivent être adaptés, pour diminuer les conséquences de l’immersion et de l’exposition au froid ; le profil de la plongée se fait dans la courbe de sécurité, afin d’éviter les paliers de décompression.

La préparation du lieu de plongée nécessite la pose d’un fil d’Ariane et la réalisation de trous intermédiaires d’évacuation à la surface de la glace. La gestion de l’air s’apparente à celle de la plongée-spéléo, avec la règle des trois tiers, conservant toujours un tiers de réserve pour la sécurité.